Interview d’un jeune permaculteur

Le mot de l'équipe mypermaculture

Nous avons voulu partir à la découverte de la ferme agricole autonome et résiliante de Fabio Piazza. Un permaculteur âgée de 25 ans qui s’est implanté depuis plus de 4 ans à Vern, un petit hameau d’une dizaine de personnes non loin de Alès en région Occitanie.  

Originaire de Vallauris (Alpes-Maritimes), il en a eu marre de la grande distribution, des agricultures intensives et de la surconsommation. Cela l’a poussé à se tourner vers un mode de vie plus respectueux de l’environnement et en adéquation avec son état d’esprit. Il s’est donc tourné vers la permaculture. 

Il a lancé son aventure permacole à Vern. Cette ville se niche sur les pentes abruptes d’une vallée cévenole. C’est sous les châtaigniers, qu’il nous fait découvrir ses parcelles qu’il cultive, sa forêt jardin et ses serres.

En commençant la visite, il nous confit avec enthousiasme l’envie de développer sa production, en plantant plus d’arbres (fruitiers, feuillus et conifères) car il a l’idée de créer un arboretum et d’agrandir sa forêt comestible. Il souhaite aussi diversifier de plus en plus ses cultures type : champignons, plantes médicinales, productions horticoles (huile essentielle) et bien sûr commencer une production de miel en acquérant quelques ruches.

Toutes ces démarches réalisées de façon permacole lui permettront d’augmenter son rendement et son autonomie alimentaire en résilience avec la nature. 

Afin de vous aider à découvrir le monde de la permaculture, nous lui avons posé quelques questions.

Bientôt la permaculture n’aura plus de secrets pour vous !

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Fabio Piazza

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Permaculteur depuis 4 ans dans les Cévennes

Cette question revient souvent je présume, mais pourquoi cet intérêt envers la permaculture ?

 

“Je ne veux pas passer pour un écologiste intégriste (rires) mais en m’informant plus en profondeur sur l’alimentation que je consommais (une chose que je n’avais jamais fait auparavant) je me suis rendu compte que la plupart de mon alimentation était malsaine car elle comprenait pesticides et autres produits chimiques.

De plus l’agriculture existe depuis plus de 10 000 ans et en l’espace de 100 ans on a perdu 75 % des espèces de culture et variétés anciennes. J’ai donc voulu changer ma vision de voir l’agriculture pour ainsi avoir une autonomie alimentaire saine pour ma famille et vendre les surplus de manière raisonnée.

Pour quelle raison t’es-tu penché sur un mode de production en permaculture ?
 

“Tout d’abord pour le confort de vie, après il est clair que le respect de l’humain, l’harmonie avec la nature et une distribution équitable des ressources y jouent beaucoup.

Ma raison principale est de créer des écosystèmes résiliants et durables, des jardins potagers riches et fertiles avec une abondance de végétaux. ” 

Qu’as-tu fait en premier lieu lors de ton installation ? 
 

“Arrivé sur place le terrain était en friche j’ai donc du délimiter chaque parcelle. J’ai ensuite commencé à planter des arbres fruitiers pour leur permettre de se développer avec aisance le temps de concevoir diffèrent lieux de culture, car il est souvent dit que le meilleur moment pour planter un arbre c’était il y a 20 ans ou maintenant.”

 
Comment as-tu appris ?
 

“De manière autodidacte, j’ai regardé des vidéos, j’ai lu des livres mais j’ai aussi eu le contact des autochtones qui m’ont donné  beaucoup de conseils sur la terre que je cultive.”

 

 
Tes plantations sont autonomes et très résistantes à leur environnement , comment peux-tu l’expliquer ?
 

“La facilité d’adaptation bien sûr, pour citer un grand monsieur « Charles Darwin » qui a écrit : « les espèces qui survivent ne sont pas les plus fortes ou les plus intelligentes mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements ». C’est bien pour cette raison que je fais mes propres semences afin de contrôler, réguler et changer certains génomes pour que chaque plantes s’acclimate. Mais également pour s’adapter à son milieu avec le moins de contraintes possible, comme par exemple des arrosages beaucoup moins fréquents sur mes tomates en gardant les graines au fil des années (le moins énergivore possible avec le moins de pratique possible).”

 

 

 
Reviendrais-tu à ton ancienne vie après avoir gouté au bienfaits de la permaculture ?
 

“Jamais de la vie !  J’ai trouvé mon idéal et ça me suffit amplement. J’ai même l’idée dans quelque années de proposer des formations en permaculture et des stages de sensibilisation et de découverte. Cela permettrait de changer les mentalités, car je trouve que ce mode de culture a beaucoup d’avenir. Si une telle initiative était adoptée par beaucoup, nous verrions une nette progression en terme de diversité écologique dans nos zones urbaines et péri-urbaines. “

 
Pour montrer le sens de ta démarche, que pourrais-tu dire a une personne novice pour lui faire comprendre la permaculture ?

 

“Je parlerais de la forêt ! Constituée de plusieurs écosystèmes qui interagissent, elle est le modèle de base : un sol protégé en permanence, non seulement par un paillage naturel mais aussi par l’absence de tout travail mécanique, produits toxiques ou d’engrais chimiques. De plus, l’alliance de différents végétaux, la présence forte de plantes pluriannuelles, sans oublier la présence de la faune, participent également aux écosystèmes de la forêt.”

 

 Pour toi quel est l’intérêt de transformer un balcon, une terrasse ou un rez de jardin en îlot de biodiversité ?


“S’inspirer de la permaculture sur un balcon, une terrasse ou une cour, c’est tout d’abord par amour de la nature. C’est pour faire vivre les plantes et les insectes pollinisateurs, pour le plaisir de nos yeux et, pourquoi pas, pour changer le monde ! J’ai trouvé 5 bonnes raisons. Tout d’abord, cela créé un cocon végétal agréable en plein été. Par ailleurs, cela permet d’améliorer le paysage, on peut ainsi observer et apprendre à reconnaitre les plantes et insectes. D’autre part, nous pouvons récolter le fruit de notre travail accomplit. Et enfin, partager et inspirer les personnes de notre entourage. C’est beaucoup plus logique et gratifiant de récolter ses propres fruits et légumes. Et on évite quelques trajets inutiles au supermarché !”

 
Que peux-tu conseiller aux personnes qui cherchent à se lancer dans un tel projet ?
 

“L’un des conseils fondamentaux en permaculture c’est de commencer petit ! Dans tous les projets permaculturels, il faut d’abord observer longuement (un an minimum) son jardin avant d’aménager quoi que ce soit.
Noter chaque interaction et trouver un moyen d’en tirer parti dans le design (le plan).”

 

Que peux-tu dire à une personne retissante au niveau de son espace ?
 

“Il n’y a pas d’ordre de grandeur pour faire un potager en s’inspirant de la permaculture ! Il ne faut pas oublier que la permaculture n’est pas qu’une simple technique de jardinage mais une façon de penser, une façon de voir les choses, une philosophie de vie.”

 

De façon générale, à quoi faut-il penser pour mettre en place un potager hors-sol, bio, naturel et inspiré de la permaculture ?
 

“Il va falloir définir des objectifs avant de se lancer. Vous le faite plutôt pour embellir votre terrasse ou uniquement pour récolter un maximum de fruits et légumes ? Premièrement il faut utiliser des graines potagères reproductibles, car tu pourras ainsi réaliser tes propres semences d’une année sur l’autre. Ensuite il ne faut jamais déraciner les plantes, même en fin de vie, coupe simplement les tiges à ras du sol. En effet, les racines contribuent à aérer le sol et seront compostées par la vie de tes bacs. Sème aussi des fleurs, c’est très important pour attirer les pollinisateurs. En plus, elles sont esthétiques et aident à gérer les nuisibles. Ne pas oublier de toujours couvrir le sol avec de la paille, des feuilles, des tontes de gazon, ainsi que les déchets qui proviennent de tes cultures. Cela permet des économies d’eau, car le paillage régule l’évaporation donc moins d’arrosage. De plus, en se décomposant les déchets enrichissent ton sol. Pratique aussi les rotations de culture de pots en pots. 

Si tu aimes t’organiser, tu peux faire un plan de ton balcon, et imaginer la rotation des cultures sur les trois ou quatre ans à venir. Je trouve très difficile de gérer ainsi de toutes petites surfaces, aussi je fais simplement attention de ne pas semer deux fois de suite les mêmes plantes dans un pot. Je repique tout ce qui est prêt à l’être, là où je trouve de la place tout simplement. Mais si tu es plus organisé que moi, cela sera sûrement très profitable de planifier tes rotations !

Et enfin, plante plusieurs plants par pot et assemble des plantes qui s’apprécient pour que différentes strates se forment, elles s’adapteront les unes aux autre. En mélangeant les familles botaniques tu pourras avoir de bon résultats. Par exemple, dans un grand bac : tomate (solanacée) + ciboulette (alliacée) + laitue (astéracée) + petits pois (légumineuse).

 

 

Cette entrevue nous a permit de plonger dans ce mode de production permacole encore méconnu mais qui prête à devenir un enjeux mondial pour le bien être des écosystèmes.

Le principe est simple il suffit de concevoir des cultures, des lieux de vie autosuffisants et respectueux de l’environnement et des êtres vivants. Comment ? En s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes et des savoir-faire traditionnels. De l’éthique, et beaucoup de bon sens.

Il s’agit ensuite, d’adapter ces principes à des parcelles à taille humaine : « C’est une agriculture de la photosynthèse », précise Bill Mollison (fondateur du mouvement permaculturel) . La première chose à faire est donc d’utiliser au mieux l’énergie gratuite du soleil, d’où le besoin de superposer aussi souvent que possible 2 ou 3 étages de végétation. Au fil des années, les plantes se ressèment, l’arrosage est limité, le jardinier est là uniquement pour observer, faire quelques ajustements réfléchis et récolter uniquement ce dont il a besoin.

Nos sources

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